Le troisième trimestre 2026 s’est joué sous le signe de la prudence : intentions d’embauche au plus bas chez les entreprises, visibilité limitée sur les budgets, mais des besoins qui persistent sur les compétences rares. Voici la synthèse des chiffres clés du marché de l’emploi IT et Finance en France en 2026, les secteurs et profils qui recrutent, les niveaux de TJM et de salaires, et ce qu’il faut surveiller d’ici la fin de l’année.
Q3 2026 : un marché sous le signe de l’attentisme
Les chiffres clés du trimestre
- 7 % des entreprises seulement envisageaient de recruter au moins un cadre au troisième trimestre 2026, un plancher inédit depuis plusieurs années selon le baromètre de l’Apec publié le 25 août.
- 42 % des grandes entreprises prévoyaient de recruter un cadre sur la période, contre 48 % en mars. C’est le niveau le plus bas depuis le début de cette mesure en 2020.
- 61 % des entreprises ayant un projet de recrutement de cadre anticipaient des difficultés pour recruter, le niveau le plus faible en cinq ans. Moins de projets, donc moins de concurrence sur les profils.
- 24 % des employeurs français déclaraient vouloir embaucher entre juin et septembre, soit 7 points de moins qu’un an plus tôt, avec un solde net d’emploi de -2 points selon ManpowerGroup.
- 75 % des cadres se disaient inquiets de la situation économique du pays, et près d’un sur deux (48 %) n’envisageait pas de quitter son entreprise, jugeant le risque trop élevé.
Des prévisions annuelles qui contrastent avec le rythme du trimestre
En début d’année, l’Apec anticipait pourtant un redémarrage : environ 305 800 recrutements de cadres en 2026, soit +4 % après deux années de baisse, avec plus de 60 000 embauches de cadres informaticiens. Mais cette prévision était déjà assortie d’incertitudes, notamment liées au contexte géopolitique au Moyen-Orient. En outre, les hausses de coûts de l’énergie et des matières premières ont depuis incité de nombreuses entreprises à la prudence sur leurs investissements.
Les services à forte valeur ajoutée, dont font partie les activités informatiques, enregistrent le repli le plus marqué de l’enquête : 10 % d’intentions de recrutement au T3, en baisse de 4 points sur un an. À l’inverse, ManpowerGroup note que l’énergie, la défense et l’aérien affichent des besoins soutenus.
Le message est clair : le marché ne s’effondre pas, il se fait plus sélectif. Donc, moins de postes ouverts, mais des exigences élevées sur les compétences immédiatement opérationnelles.
IT : cybersécurité, cloud et data restent les valeurs sûres
Les compétences les plus recherchées
Malgré le ralentissement global, les besoins se concentrent sur les mêmes familles de compétences depuis le début de l’année :
- Cybersécurité : première compétence citée par les recruteurs dans le guide des salaires Robert Half 2026 (47 % d’entre eux), portée par la pression réglementaire (DORA, NIS 2) et la multiplication des menaces.
- Cloud et infrastructure : DevOps, SRE, architectes cloud et profils DevSecOps restent en tension structurelle.
- Data et IA : data engineers, ML engineers et profils hybrides techniques / métier, recherchés pour industrialiser les projets d’IA plutôt que pour les expérimenter.
- Développement et gestion de projet IT : toujours en tête des offres de cadres en Île-de-France, mais avec une concurrence plus forte entre candidats.
Côté statut, la pression sur les coûts favorise la flexibilité : les entreprises recourent davantage à des expertises ciblées et mobilisables rapidement, ce qui soutient la demande de freelances sur les sujets pointus.
TJM freelance : les repères à retenir

Les baromètres divergent selon leur méthode (TJM déclaré, négocié ou demandé), il faut donc les lire en fourchettes plutôt qu’en valeur unique. Voici les repères les plus récents :
- Sur les missions publiées sur Free-Work (données actualisées au 30 septembre 2026), le TJM médian ressort à 505 € en cybersécurité, 500 € en DevOps / Cloud, 475 € en data et 475 € en gestion de projet.
- L’écart géographique reste net : 510 € de TJM médian en Île-de-France, contre environ 410 à 450 € dans la plupart des autres régions.
- Le baromètre du groupe Freeland (données arrêtées à mi-juin 2026) mesure un TJM médian de 482 € par jour en développement et place l’indice de tension du marché freelance IT à 69 sur 100, un niveau « tendu » stable depuis 18 mois.
- Les croisements de plusieurs baromètres (Malt, Free-Work, Hays) situent le TJM moyen IT autour de 520 € par jour, avec des spécialités nettement au-dessus, comme la cybersécurité et l’IA.
Finance : des profils experts toujours sous tension
Les profils les plus convoités
Côté finance, l’étude de rémunérations 2027 de Michael Page, publiée le 17 septembre, confirme une tension persistante sur les profils très experts :
- FP&A et contrôle de gestion : de plus en plus recherchés pour leur capacité à exploiter la donnée opérationnelle et financière et à construire des scénarios d’anticipation.
- Contrôleur financier : incontournable en filiale comme en ETI, grâce à sa vision globale de l’entreprise.
- Consolidation : un métier d’expertise rare, directement concerné par les évolutions normatives comme IFRS 18.
- Responsables comptables anglophones : un profil encore difficile à trouver.
Robert Half cite par ailleurs le contrôleur de gestion industriel parmi les métiers financiers les plus recherchés de cette rentrée.
Salaires : des repères par ancienneté
D’après Michael Page (salaires annuels bruts fixes) :
- Contrôleur de gestion / FP&A : de 38-45 K€ en début de carrière jusqu’à 70-90 K€ avec plus de dix ans d’expérience.
- Consolidation : de 40-45 K€ en début de parcours jusqu’à 90-110 K€ au-delà de quinze ans d’expérience.
- Contrôleur financier : de 70-100 K€ pour un profil de cinq à dix ans d’expérience, jusqu’à 90-180 K€ au-delà de quinze ans.
Après des augmentations moyennes de 1,5 à 2 % en 2026, Michael Page anticipe une hausse de 2 à 2,5 % en 2027, dans un contexte inflationniste qui a changé. La directive européenne sur la transparence salariale, dont le calendrier d’application s’étale en 2027, pousse aussi les entreprises à revoir leurs grilles dès maintenant.
Le lien avec l’IT reste fort : les profils les plus demandés sont ceux qui savent travailler avec la donnée et dialoguer avec la DSI, comme nous l’expliquions dans notre article CSRD, DORA, IFRS 18 : comment les nouvelles réglementations créent des opportunités en finance.
Quelles tendances pour le Q4 2026 ?
- Des arbitrages budgétaires de fin d’année décisifs. Faute de visibilité, beaucoup d’entreprises décalent leurs décisions de recrutement. Les budgets 2027 qui seront validés d’ici la fin d’année détermineront la reprise des embauches au premier trimestre.
- Une demande qui se polarise. Cybersécurité, cloud, data, FP&A et consolidation restent recherchés, alors que les postes plus généralistes subissent une concurrence accrue entre candidats.
- Les échéances réglementaires comme moteur. DORA, la CSRD après le recentrage opéré par la directive Omnibus, et IFRS 18 (applicable aux exercices ouverts à partir de 2027, avec retraitement des comparatifs) créent des besoins de renfort à court terme, souvent sous forme de missions.
- L’IA dans le recrutement. Selon un baromètre récent sur les ESN, 80 % des répondants utilisent déjà l’IA dans leur processus de recrutement, mais seuls 12 % disposent d’un cadre formalisé. Pour les candidats, cela renforce l’importance d’un profil clair et à jour. Nous en parlons dans L’IA dans le recrutement et les entreprises.
- Des salaires en légère hausse. L’inflation et la transparence salariale devraient soutenir des revalorisations modérées, plus marquées sur les profils en tension.
Ce que cela change pour les talents et pour les recruteurs
Pour les talents IT et Finance, la période récompense la spécialisation et la lisibilité du profil. Mettre en avant des compétences précises (outils, normes, périmètre de projets) et des résultats mesurables fait la différence quand les offres sont moins nombreuses. Pour les freelances, il s’agit aussi de situer son TJM par rapport au marché, en tenant compte de la région et de la spécialité.
Pour les recruteurs et les directions métiers, le recul des difficultés de recrutement anticipées ne doit pas faire oublier que les profils rares restent rares. Cadrer le poste avec précision, raccourcir les délais de décision et envisager le recours à des experts en mission permettent de ne pas perdre les meilleurs candidats.
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